articleu nostru octobre 2013 1-page-0

articleu nostru octobre 2013 2-page-0

 

Bianconi Scuperta

Un tourisme qui tient la route

 

Au bout d'une piste rocailleuse et chaotique qui serpente et disparaît dans le désert de L'Agriate, nous retrouvons Olivier Bianconi, jeune entrepreneur balanin de 36 ans, directeur fondateur de Bianconi Scuperta, une entreprise qui propose de visiter la  Corse autrement...

 

Texte: Jean-Baptiste Ronchi / Photos : Pascal Renucci

 

En 2005, contre l'avis des chambres de commerce, Olivier Bianconi décide de créer la première compagnie de guides privés en Corse. Il a pour projet d'organiser des excursions en véhicules tout terrain, toujours en petit comité, sur des activités de découverte au contenu fort et original. Huit ans plus tard, avec l5 salariés, l3 véhicules el 3 antennes à Calvi, Aiacciu et Bastia, il a donné corps et vie à son rêve.

 

Idéal et tourisme de masse

 

Convaincu qu'on ne peut prétendre connaître un lieu si on ne le vit pas de l'intérieur, Olivier Bianconi a choisi de plonger le visiteur au coeur de la société insulaire. «  Bien souvent la Corse apparaît comme un paradis environnemental mais aussi comme une île très compliquée à cerner, ou niveau politique notamment. Donc, plutôt que d'éluder les sujets sensibles comme font la plupart des professionnels/s du tourisme, nous avons décidé de rentrer dedans, d'expliquer... »

Bianconi Scuperta propose ainsi deux pôles de découverte : Patrimoine Nature {en 4x4, à la rencontre de la faune et de la flore de L'Agriate, du Giunsani ou de la vallée d'Ascu) et Patrimoine Histoire {en monospace. dons les villages. avec des thématiques telles que Saints et Bandits de Balagne, L'âme corse en Castagniccia, Corti aux origines de la Nation, etc… ou en ville sous la forme d'enquêtes à L'lsula Rossa sur les traces de Pascal Paoli, ou de Christophe Colomb à Calvi).

La démarche de Bianconi s'accompagne d'un discours mesuré, lucide et pertinent, notamment sur son rapport ou tourisme de masse. « La Corse a besoin de grosses infrastructures, de centres de vacances, de tour-opérateurs et d'agences de voyages, car ce sont des apporteurs d'affaires. Ils font du volume en amont. Nous, nous équilibrons la masse. Plutôt qu'un car de 50 personnes, nous préférons prendre 5 voitures de l0 personnes el répartir la clientèle sur plusieurs sites. Du coup, il n'y a plus cet effet de masse sur le territoire, en particulier dans le rural. Cela change I'approche auprès des restaurateurs ou des lieux que l'on visite. Et surtout la pression humaine sur les sites naturels sensibles est beaucoup plus faible. »

 

Un aventurier responsable

 

A compétence égale, Olivier Bianconi privilégie I'embauche de jeunes Corses, estimant « plus légitime d'employer quelqu'un avec une trajectoire familiale, un passé, un vécu qui, au-delà de l'aspect touristique, va permettre au client d'aller plus loin dons ses interrogations. Qui de mieux qu'un Corse pour parler de la Corse el de ses paradoxes ? C'est une question fondamentale sur le fond el sur la forme, surtout quand on parle d'identité toute la journée ». Un choix non pas discriminatoire, mais cohérent. Une dynamique réfléchie. Un profil de société. « Etre corse est un fait, pas une dignité. Ce n'est pas une valeur ajoutée. Nous ne sommes pas plus vertueux parce que nous sommes corses », déclare Bianconi qui veille également à ce que ses fournisseurs vivent en Corse, dépensent en Corse, construisent en Corse. C'est l'idée qu'il se fait d'une économie locale identitaire dont l'île à besoin. Mais pour connaître cette terre, il ne suffit pas d'y être accompagné par des guides corses. Il faut également des intervenants locaux susceptibles d’apporter un éclairage sans prosélytisme sur la situation insulaire. Les sorties de Scuperta sont donc toujours interactives. Elles offrent en effet au visiteur la possibilité de rencontrer et d’interroger différents artisans, scientifiques, artistes, etc.

Fin connaisseur de l’histoire de l’île, Olivier Bianconi fait incontestablement partie de ces hommes qui posent un regard sur le passé, gardent un œil ouvert sur le présent et ont une vision de l’avenir. De ceux qui tracent aujourd’hui le chemin d’une Corse en marche sur la route d’un avenir meilleur. En travaillant en Corse et pour la Corse, en mettant en valeur sa terre, son patrimoine et son environnement, Olivier Bianconi a déjà atteint son principal objectif. Aujourd’hui, un plus grand défi l’attend : pérenniser sa société. Avec l’obstination et l’énergie qui le caractérisent, gageons qu’il y parviendra. D’autant qu’il ne manque pas d’idées. Des projets ambitieux mûrissent patiemment dans sa tête. Un aventurier raisonnable…

 

 

3 questions à Sophie Dallest-Franchi, chargée d’excursions Patrimoine Nature en véhicules tout terrain.

 Pourquoi avoir choisi ce secteur d’activité ?

Je suis corse, de Montemaggiore, et j’adore faire découvrir mon île. Scuperta m’offre la possibilité d’amener les gens directement au cœur des choses, pour qu’ils aient un autre regard et comprennent mieux ce qu’ils voient. Les excursions existaient déjà, je les ai un peu personnalisées en mettant l’accent sur ce que j’aime.

 Qu’est-ce qui est important pour vous ?

La clientèle est de plus en plus curieuse. Elle recherche des endroits sauvages avec l’envie d’entendre des histoires, d’être en immersion pendant toute une journée au milieu de la nature sans avoir l’impression d’être de simples touristes passifs.

Le plus important, je pense, c’est que nous leur offrons de l’intimité avec ce pays.

 Est-ce épanouissant pour une jeune Corse de pouvoir travailler chez elle ?

Plus que ça ! Participer au développement économique de mon pays en le valorisant est bien plus qu’un épanouissement. C’est un bonheur.

 

 

Aurélia raconte…

J’ai fais une sortie Découverte Histoire avec Scuperta. C’était le Cap Corse. A 8h30, mes amis et moi, on a été chaleureusement accueillis par Benjamin, un jeune diplôme en histoire médiévale. Un passionné. Il nous a présenté le programme du jour et on est parti dans un monospace. On a fait Erbalunga, Roglian, Centuri, Pinu, Nonza. C’était passionnant ! On a beaucoup appris sur les tours génoises, le Moulin Mattei et les maisons d’Américains, bien sûr, mais aussi sur Ugo Colonna et sur la famille Da Mare. Moi qui pensais connaître le Cap…

On a l’habitude de regarder les paysages magnifiques, mais en fait on ne voit rien. Là, Benjamin nous explique, nous raconte des anecdotes, des légendes. En plus, on fait des rencontres, on parle avec les gens de villages. C’est comme si la Corse nous prenait par la main et nous emmenait chez elle. Oui, c’est ça, on a eu l’impression qu’elle nous ouvrait sa maison et nous invitait à boire un café, pour nous dire un peu qui elle est, et comment elle vit vraiment. En fait, j’ai découvert le Cap Corse.